La semaine dernière, j'étais sur un événement en périphérie de Lyon. Un truc censé être ultra-dynamique. Résultat ? On m'a forcé à porter un casque VR pendant vingt minutes pour faire un 'icebreaker' virtuel alors que le collègue d'en face était littéralement à deux mètres de moi. C’est ça, le futur du séminaire ? Franchement, on marche sur la tête.
Ça fait quinze ans que je traîne mes guêtres dans le milieu de l'événementiel pro, et je vois une tendance qui commence sérieusement à m'agacer : cette obsession de vouloir transformer chaque réunion en jeu vidéo ou en parc d'attractions. On appelle ça la gamification, c'est le mot à la mode que les agences balancent à toutes les sauces pour justifier des devis qui explosent. Mais au fond, est-ce que ça sert vraiment les objectifs de la boîte ? Pas sûr.
L'overdose de digital, on en parle ?
Le problème, c’est qu’on oublie la base. Pourquoi on organise un séminaire ? Pour que les gens se parlent. Pour que la sauce prenne entre les services qui ne se croisent jamais à la machine à café. Si tout le monde a le nez sur une tablette pour répondre à un quiz interactif ou court après des balises QR Code dans la forêt, le lien humain passe au second plan. C'est paradoxal, non ? On dépense des fortunes pour réunir les équipes physiquement et on finit par mettre un écran entre elles.
Bon, je ne suis pas un luddite non plus. J'adore la tech quand elle est utile. Mais là, on arrive à un point de saturation. Les gens sont crevés. Entre Slack, Teams et les visio à rallonge, leur cerveau est déjà en compote. Leur offrir encore du numérique sous prétexte de 'modernité', c'est presque contre-productif. D'ailleurs, j'ai remarqué un truc marrant : les moments où les participants sourient le plus, c'est souvent pendant la pause clope ou le café mal dosé du matin. Là où il ne se passe 'rien' d'organisé.
Le luxe du vide
Je discutais avec un DRH d'une grosse boîte de la tech récemment. Il me disait qu'il avait supprimé toutes les activités de team-building 'forcées' de son dernier séminaire. À la place ? Des plages de temps libre de deux heures l'après-midi. Juste du temps. Les gens ont fait quoi ? Ils ont discuté au bord de la piscine, ils ont refait le monde, ils ont parlé de leurs gosses et, forcément, ils ont fini par parler boulot, mais de manière organique, sans pression.
C’est ça qui manque aujourd'hui. On veut tout rentabiliser, chaque minute doit être 'productive' ou 'ludique'. On a peur du vide. Mais le vide, c'est là que les idées germent. C'est comme dans un bon morceau de jazz, ce sont les silences qui font la musique. En remplissant chaque interstice avec des animations gadgets, on étouffe la spontanéité.
Et puis, il y a le côté infantilisant. Sérieux, obliger des cadres sup' à faire des chorégraphies TikTok pour 'renforcer la cohésion', c'est gênant pour tout le monde. On n'est pas en colonie de vacances en 1998. Le respect des collaborateurs, c'est aussi leur foutre la paix et considérer qu'ils sont assez grands pour se socialiser sans qu'une appli mobile leur dise quoi faire.
Revenir à l'essentiel
Si vous organisez votre prochain événement, posez-vous la question : est-ce que cette animation apporte une vraie valeur ajoutée ou est-ce que c'est juste pour faire 'cool' sur la vidéo récap ? Parfois, un bon intervenant qui sait captiver son audience avec une histoire forte, ou simplement un lieu qui a du caractère et une bonne table, ça suffit largement.
On assiste peut-être à la fin d'un cycle. Après l'overdose de 'phygital' (quel mot affreux), le vrai luxe, ça va être le retour au vrai. Au tangible. On n'a pas besoin de métavers pour se dire les choses. On a juste besoin de se poser, d'éteindre les notifications et de se rappeler qu'on bosse avec des humains, pas avec des avatars.
Au final, le meilleur séminaire que j'ai couvert ces dernières années, c'était dans une vieille grange rénovée, sans Wi-Fi. Le patron a pris la parole pendant dix minutes, sans PowerPoint, juste avec ses tripes. Le reste de la journée, c'était balade et barbecue. Simple. Efficace. Personne n'a râlé parce qu'il n'y avait pas de casque VR. On appelle ça la vie, non ?