La semaine dernière, j'étais à un rassemblement près de Lyon. Le genre de truc organisé par une agence qui a sans doute trop regardé de vidéos de motivation américaine. Dès l'accueil, on nous a collé des badges avec des 'objectifs de bonheur'. Franchement, qui fait ça ? On est là pour bosser sur la stratégie de l'année, pas pour faire une thérapie de groupe imposée.
On en parle de cette mode des séminaires où chaque minute doit être 'rentable' ou 'disruptive' ? J'ai l'impression qu'on a perdu le sens même de ce que devrait être un événement d'entreprise. On nous bourre le crâne avec du team building à base d'escape games vus et revus, alors que la moitié de l'équipe rêve juste de s'asseoir avec un café et de discuter vraiment avec les collègues du bureau d'à côté.
Le retour au calme, c'est pour quand ?
Je discute souvent avec des directeurs RH qui se plaignent du désengagement. Mais posez-vous la question : est-ce qu'enchaîner une rando, trois ateliers de design thinking et une soirée DJ jusqu'à 2h du mat', ça aide vraiment à souder les gens ? Du coup, on se retrouve avec des collaborateurs rincés le lundi matin, avec l'impression d'avoir passé un week-end de boulot déguisé. C'est l'overdose.
Pour moi, le meilleur séminaire que j'ai couvert ces dernières années, c'était un truc hyper minimaliste dans le Perche. Pas de Wifi (enfin, il captait rien), une grande table, des bons produits du coin et... du temps. Beaucoup de temps mort. C'est là que les vraies idées sortent. Quand on arrête de vouloir tout packager comme un produit marketing.
C'est un peu comme la série The Office, vous voyez ? Le malaise vient souvent de cette volonté de créer une cohésion artificielle. On ne force pas l'amitié de bureau. On crée les conditions pour qu'elle puisse éventuellement exister. Et ça, ça passe par le lâcher-prise des organisateurs.
L'obsession du ROI tue l'authenticité
Le problème, c'est que les boîtes veulent mesurer le retour sur investissement de chaque petit moment. 'Combien de synergies ont été créées pendant la pause déjeuner ?'. Calmez-vous. Un séminaire réussi, c'est celui dont on parle encore trois mois après à la machine à café, pas celui qui a généré le plus de posts LinkedIn avec des hashtags ringards.
On devrait peut-être arrêter de copier les modèles des géants de la Tech californienne qui ne jurent que par le fun obligatoire. En France, on a cette culture de la bouffe, de la discussion qui s'éternise, du débat un peu vif. Pourquoi on n'utilise pas ça ? C'est notre force. Je préfère mille fois une engueulade constructive autour d'un plateau de fromage qu'un atelier de 'méditation en pleine conscience' où tout le monde fait semblant de planer.
Bon, je tape un peu sur le système, mais c'est parce que j'aime ce métier. J'aime voir des équipes se redécouvrir. Mais de grâce, laissez respirer vos collaborateurs. Prévoyez des plages de rien. Le vide, c'est là que se niche la créativité. Et vous, vous en pensez quoi de cette course à l'animation permanente ? Est-ce qu'on n'est pas en train de transformer nos réunions en parcs d'attractions épuisants ?