L'autre jour, j'étais dans le TGV pour Lyon et je n'ai pas pu m'empêcher d'écouter la conversation de deux managers à côté de moi. Ils préparaient leur prochain séminaire. À les entendre, c'était la course à l'armement : tyrolienne géante, simulateur de vol, atelier de cuisine moléculaire et, tenez-vous bien, une séance de 'méditation assistée par des alpagas'. Je ne rigole même pas. On en est là. On veut tellement impressionner les troupes qu'on finit par oublier pourquoi on se réunit à la base.

Franchement, j'ai 15 ans de métier dans les pattes, j'en ai vu défiler des conventions et des 'team buildings' censés tout changer. Mais là, j'ai l'impression qu'on a atteint un point de non-retour dans l'absurde. Le budget explose, la logistique devient un enfer pour les organisateurs, et au final ? Les collaborateurs rentrent chez eux plus crevés qu'avant, avec une photo d'eux qui caresse un camélidé mais sans avoir eu une seule discussion de fond sur les problèmes de leur service.

Le retour au calme, c'est pour quand ?

Je pense que le vrai luxe aujourd'hui, dans un séminaire, c'est le temps mort. Le vide. On a tous des agendas qui ressemblent à une partie de Tetris niveau expert, alors pourquoi on s'inflige des plannings de séminaires millimétrés de 8h à minuit ? C'est contre-productif au possible. Moi, les meilleurs moments que j'ai vécus en entreprise, c'était souvent autour d'un café mal dosé, pendant une pause qui durait un peu trop longtemps, à discuter de tout et de rien avec le type de la compta à qui je n'avais jamais adressé la parole.

Du coup, pourquoi ne pas simplement louer un bel endroit, prévoir une ou deux sessions de travail sérieuses (parce qu'on est là pour bosser quand même, pas pour faire une colo), et laisser le reste aux gens ? La créativité, ça ne se commande pas avec un chrono. Si vous saturez le cerveau de vos équipes avec des activités 'fun' obligatoires, vous tuez l'échange spontané. Et c'est justement cet échange-là qu'on vient chercher en sortant du bureau.

Regardez ce qui se passe dans la tech en ce moment. Les mecs reviennent à des formats beaucoup plus bruts. Des 'unconferences' où l'ordre du jour se décide le matin même. C'est un peu bordélique au début, certes, mais l'énergie est incomparable. On est loin du PowerPoint ronronnant dans une salle d'hôtel aseptisée avec la clim qui souffle à fond sur le premier rang.

Bon, je ne dis pas qu'il faut supprimer toutes les activités. Une bonne rando ou un truc simple, ça fait toujours du bien. Mais pitié, arrêtons de vouloir transformer chaque séminaire en une émission de téléréalité sur W9. On n'est pas là pour faire du buzz interne, on est là pour recréer du lien. Et le lien, ça demande de l'espace, pas des paillettes.

D'ailleurs, si on parlait du choix des lieux ? On nous vend des destinations de dingue à l'autre bout de l'Europe. C'est sympa sur le papier, mais entre le bilan carbone qui fait pleurer et le temps passé dans les transports, est-ce que ça vaut vraiment le coup ? Parfois, un vieux domaine un peu paumé à deux heures de voiture fait bien mieux le job. Moins de distraction, plus de présence.

En gros, si vous organisez votre prochain événement, posez-vous juste une question : si j'enlevais 30% du programme, est-ce que les gens seraient vraiment malheureux ? Je parie mon vieux carnet de notes que non. Au contraire, ils vous remercieraient presque. À force de vouloir trop en faire, on finit par ne plus rien laisser comme souvenir, à part une vague sensation de fatigue généralisée.

Qu'est-ce qu'on cherche vraiment à la fin de la journée ? Que les gens se reparlent. Que les tensions s'apaisent. Que l'on retrouve un peu de sens dans ce qu'on fait. Et pour ça, je n'ai pas encore trouvé mieux qu'une bonne table, du temps devant soi et un peu d'authenticité. Tout le reste, c'est du remplissage.