L'autre jour, j'étais dans le TGV direction Lyon pour couvrir un énième événement d'entreprise et j'écoutais deux types derrière moi. Ils parlaient de leur dernier séminaire. Enfin, ils se plaignaient surtout. Apparemment, on les avait forcés à faire du saut à l'élastique et un atelier de cuisine moléculaire entre 18h et 21h. Les gars étaient rincés. Et c’est là que je me suis dit : on a un vrai problème de curseur dans le milieu.
Le piège de l'originalité à tout prix
Sérieusement, depuis quand un séminaire réussi doit impérativement ressembler à une émission de téléréalité sur W9 ? On est en 2024, les gens sont déjà au bout du rouleau avec la charge mentale, les notifications Slack qui n'en finissent pas et le télétravail hybride mal géré. Est-ce qu'on a vraiment besoin de leur imposer une compétition de karting pour 'renforcer la cohésion' ? Franchement, je ne crois pas.
Le truc, c'est que les RH et les managers ont une peur bleue du vide. Dès qu'il y a un trou dans le planning, ils paniquent. Alors ils remplissent. Ils appellent ça de l'engagement. Moi j'appelle ça du remplissage inutile. J'en parlais récemment avec un pote qui gère une agence événementielle assez cotée, il me confirmait que la demande pour le 'calme' explose, mais que les décideurs n'osent pas franchir le pas. C'est absurde.
L'actualité, c'est le retour au réel
Regardez ce qui se passe chez les boîtes tech un peu pointues en ce moment. Ils laissent tomber les gadgets. La tendance, c'est le retour au vert, mais le vrai vert, pas le domaine de luxe avec spa et wifi 6 partout. On parle de déconnexion réelle. On pose les téléphones dans une boîte à l'entrée et on discute. C'est tout. Ça paraît dingue dit comme ça, mais l'interaction humaine basique est devenue un luxe.
Il y a quelques mois, j'ai couvert un séminaire en Bretagne. Pas de conférencier star payé 5000 balles l'heure, pas de team building déguisé. Juste des balades, des vrais temps morts et des tables rondes où tout le monde pouvait l'ouvrir sans PowerPoint. Le résultat ? Les mecs n'avaient jamais autant produit de bonnes idées. Parce qu'on leur a foutu la paix, en gros.
Bon, je ne dis pas qu'il faut envoyer tout le monde méditer dans une grotte non plus. Mais entre le vide intersidéral et le marathon d'activités, il y a un juste milieu, non ? On oublie trop souvent que le but premier d'un séminaire, c'est de se retrouver, pas de s'épuiser mutuellement pour justifier un budget de fin d'année.
Et si on arrêtait de mesurer le ROI du fun ?
Ce qui m'agace le plus, c'est cette manie de vouloir tout quantifier. On veut mesurer l'impact de la partie de pétanque sur la productivité du trimestre suivant. Détendez-vous. On n'est pas des machines. Si vos collaborateurs passent un bon moment à simplement échanger sur leurs galères quotidiennes autour d'un café qui ne coûte pas le prix d'un bras, c'est déjà une victoire immense.
Le séminaire de demain, pour moi, c'est celui qui respecte le rythme biologique des gens. C'est celui où on n'a pas l'impression d'être dans un épisode de Black Mirror version corporate. J'ai l'impression que la vraie actualité du secteur, elle est là : dans la sobriété. Et croyez-moi, vos équipes vous remercieront bien plus pour une après-midi libre en terrasse que pour un escape game sur le thème de la cybersécurité.
Est-ce qu'on est encore capables de supporter le silence dans une salle de réunion sans que quelqu'un se sente obligé de lancer un brise-glace gênant ? La question reste entière.