Franchement, j'en peux plus. Hier encore, je recevais une invitation pour un « séminaire immersif sur le métavers ». Sérieusement ? On en est encore là ? Après deux ans à bouffer du Zoom et du Teams jusqu'à l'indigestion, la seule chose dont j'ai vraiment envie, c'est de voir la tête de mes collègues en 3D, avec une vraie tasse de café dégueulasse à la main et le bruit de la machine qui déconne en fond sonore.

On nous a vendu le télétravail total et les événements virtuels comme le futur absolu. Mais la vérité, et je pèse mes mots, c'est que c'est devenu une prison dorée. Le lien social s'étiole, et je ne parle même pas de la créativité. Essayez donc d'avoir une idée de génie en regardant une vignette de 2 centimètres sur un écran 13 pouces. C'est impossible. C'est comme essayer de faire une omelette sans casser d'œufs, ou de regarder un concert d'Orelsan sur un Nokia 3310 : ça n'a aucun sens.

La mort clinique des brainstormings en ligne

Je discutais avec un pote qui gère l'événementiel pour une grosse boîte de la tech la semaine dernière. Il me disait que leurs taux d'engagement sur les webinaires étaient en chute libre. Les gens se connectent, coupent la caméra, et partent faire leur lessive. Et honnêtement, je les comprends. Pourquoi on s'inflige ça ? L'organisation de séminaires, la vraie, celle qui laisse des traces, elle est en train de prendre un virage à 180 degrés. On revient au brut, à l'authentique.

Le truc, c'est que l'humain est un animal social. On a besoin de capter les micro-expressions, de sentir l'ambiance dans la salle, de se couper la parole (poliment, ou pas) sans que le logiciel ne mute automatiquement la moitié de la conversation. C'est là que les meilleures décisions se prennent. Pas entre deux mails et une notification LinkedIn qui nous rappelle que Jean-Michel a changé de poste pour devenir « Happiness Manager ».

Du coup, je vois de plus en plus de boîtes qui lâchent le budget « licences logicielles » pour louer des gîtes paumés dans le Perche ou des lofts industriels à Pantin. Et c'est là que ça devient intéressant. On ne va plus en séminaire pour écouter un type dérouler 50 slides PowerPoint sur la stratégie Q3. On y va pour se retrouver. Pour de vrai. Quitte à ce que ce soit un peu bordélique au début.

D'ailleurs, est-ce que vous avez remarqué à quel point les gens sont redevenus maladroits en public ? On ne sait plus trop comment se tenir, s'il faut faire la bise, serrer la main ou faire un vieux check bizarre. C'est presque touchant. C'est cette vulnérabilité qui recrée de la cohésion, pas un énième quiz interactif sur une application mobile dont tout le monde a oublié le mot de passe.

Alors ouais, l'organisation de séminaires en 2024, ça va être le grand retour de la « vraie vie ». Et tant mieux. On va enfin pouvoir reparler de stratégie sans avoir l'impression de participer à un mauvais épisode de Black Mirror. Bon, après, il faudra toujours se fader le collègue qui ronfle pendant la soirée, mais ça, c'est le charme du direct, non ?

Bref, si vous prévoyez encore de faire votre prochain grand rassemblement annuel sur une plateforme 3D avec des avatars qui n'ont pas de jambes, posez-vous les bonnes questions. Est-ce que vous voulez vraiment que vos équipes se sentent comme dans un jeu vidéo des années 2000, ou est-ce que vous voulez qu'elles se sentent vivantes ? Le choix me paraît vite fait.