L'autre jour, j'étais au téléphone avec un DRH d'une boîte de la tech, le genre de type qui a vu passer tous les concepts possibles depuis 2010. Il me disait : « On a essayé le lancer de hache, l'escape game dans le noir et même le yoga avec des chèvres. Résultat ? Les gens sont crevés et ils ne se parlent toujours pas. » Franchement, ça m'a fait marrer, mais c'est tellement vrai. On est tombés dans une sorte de course à l'armement de l'originalité pour les séminaires d'entreprise, au point d'en oublier pourquoi on se réunit à la base.
Le vrai problème aujourd'hui, c'est qu'on traite le séminaire d'entreprise comme une attraction de foire. On veut du spectaculaire, du « mémorable » à tout prix pour nourrir le compte Instagram de la boîte. Mais entre nous, est-ce que descendre une rivière en rafting à 8h du mat' avec un collègue de la compta qu'on connaît à peine aide vraiment à mieux bosser ensemble le lundi suivant ? Je n'en suis pas convaincu du tout.
Le retour du « moins mais mieux »
Je pense qu'on arrive au bout d'un cycle. Avec le télétravail qui est devenu la norme, les gens n'ont pas besoin qu'on leur en mette plein la vue. Ils ont juste besoin de se voir. En chair et en os. Sans un écran entre les deux. La tendance que je vois émerger sur le terrain, c'est ce que j'appelle le séminaire « slow ». On pose les téléphones, on choisit un lieu qui a une âme — pas un hôtel aseptisé près d'un aéroport — et on laisse du temps au temps. C'est con à dire, mais laisser deux heures de libre dans un planning pour que les gens puissent juste discuter sur un banc, c'est devenu un luxe révolutionnaire.
D'ailleurs, vous avez remarqué comme les meilleures idées sortent toujours pendant la pause clope ou au moment du café, alors que la session de « brainstorming créatif » de 14h a été un fiasco total ? C'est systématique. L'humain n'est pas une machine qu'on active sur commande avec des post-it colorés.
L'authenticité, c'est pas un mot marketing
Le souci, c'est que les agences d'événementiel ont souvent peur du vide. Alors elles remplissent. On se retrouve avec des agendas millimétrés où on court d'un atelier à l'autre. Du coup, on finit le séminaire d'entreprise plus épuisé que si on avait passé la semaine au bureau. Quel est l'intérêt ? Pour moi, un événement réussi, c'est celui où on a eu une vraie conversation de fond, peut-être un peu houleuse d'ailleurs, sur la direction de la boîte. Parce que c'est aussi ça, la vie de groupe : se dire les choses, pas juste faire des pyramides humaines sur la plage.
Il y a quelques années, j'avais couvert un rassemblement dans le Larzac pour une petite PME. Pas de Wi-Fi, bouffe locale, et le patron qui faisait la cuisine avec ses équipes. Au début, tout le monde râlait. À la fin, personne ne voulait partir. Pourquoi ? Parce qu'ils avaient retrouvé un truc simple : l'appartenance. C'est pas un truc que tu achètes avec un pack « team building aventure » à 150 euros par tête.
Alors, qu'est-ce qu'on fait maintenant ? On continue de chercher l'activité la plus dingue pour épater la galerie ? Ou on accepte que le plus important, c'est peut-être juste d'être ensemble, sans artifices ? Bon, je ne dis pas qu'il faut s'ennuyer ferme non plus, mais redonner de la place à l'imprévu et à la sincérité, ça ne ferait pas de mal au secteur. Et vous, c'est quand la dernière fois que vous avez vraiment discuté avec un collègue sans avoir un chrono au-dessus de la tête ?